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Dossiers Mysteres – Saison 2 Episode 1

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Dossiers Mystères – S02E01 – Meurtres, magie noire et sortilège

SCULPTURE SUR LA TOMBE DE MARIE LAVEAU

Nouvelle-Orléans, février 1837

L’enceinte du tribunal est pleine à craquer. Aujourd’hui, on doit juger le fils d’un marchant réputé de la Nouvelle-Orléans. Le jeune homme a été arrêté pour une série de vols et d’agressions. Tous savent qu’il n’a pas agi seul, mais comme ses compagnons restent insaisissables, c’est sur lui que tombera le couperet de la justice. Il faut dire que la police a monté un solide dossier contre le prisonnier. Les preuves sont accablantes.

Sur le coup de 9 h, les audiences débutent. Le juge fait son entrée. L’assistance se lève. Sur une petite tribune, l’accusé, menottes aux poings, s’est lui aussi levé. Ses traits sont tirés. Il est visiblement anxieux. Il sait que les dés sont jetés ; qu’il n’a aucune chance d’échapper à une condamnation.

Jetant un regard distrait vers l’assistance, le juge s’approche de son bureau et tire sa chaise. Soudain, il arrête son geste, la main suspendue en l’air. Son teint est livide. Sous le siège, trois piments rouges ont été placés. Discrètement, sans montrer son trouble, il s’assoit, repoussant du pied les légumes. Faisant mine de consulter ses papiers, il détaille l’assistance. Il LA voit ; ELLE est là, assise au premier rang, le fixant de son regard perçant. Ses yeux sont brillants comme des charbons ardents. Pendant un instant, le magistrat ne peut s’empêcher d’apprécier son visage si parfait, si symétrique. Mais il sait que derrière ces traits séduisants se cache une adversaire redoutable.

Le juge fait un signe de la main. Les procédures peuvent commencer. Pendant de longues heures, on assiste à un défilé de témoins et de policiers. Les preuves parlent d’elles-mêmes. Il n’y a pas à douter : l’accusé est coupable. Et pourtant… tout au long des débats, le juge ne porte qu’un intérêt mitigé aux arguments de l’accusation. Sa préoccupation n’est pas de savoir si oui ou non le jeune homme s’est rendu coupable des crimes qu’on lui reproche, mais de savoir comment il pourra, LUI, échapper au « mauvais œil ».

En fin de matinée, les plaidoiries sont closes. Le juge se lève et annonce qu’il va prendre l’affaire en délibérer. Sur le coup de 16 h, il revient dans le tribunal. Il jette un regard furtif vers l’assistance. ELLE est toujours là, le fixant de son regard perçant. Cette comédie a assez duré. Sans fournir la moindre explication, le juge déclare le prévenu « non coupable » et ordonne sa relaxe immédiate.

Dans l’assistance, c’est la consternation. Les preuves étaient pourtant éloquentes. Personne n’aurait pu prévoir un tel dénouement… Personne, sauf peut-être cette femme assise au premier rang. Jetant un sourire entendu vers un homme assis un peu plus loin, elle se lève et, au milieu d’un indescriptible chaos, quitte l’enceinte.

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Au XVIIIe siècle, la pratique du culte vaudou se répand parmi la population noire de la Nouvelles Orléans. Le phénomène prend une telle ampleur que les autorités doivent mettre un moratoire sur l’importation d’esclaves depuis l’île de Santo Domingo (plus tard Haïti), des insulaires fanatisés à ces pratiques. En dépit de cette disposition, la religion continue de se développer au sein des esclaves arrivant de Guinée (Afrique) ou des colonies françaises de la Martinique et de la Guadeloupe. Les rituels se pratiquent en catimini dans une grande hutte aménagée dans les bayous qui bordent le lac Pontchartrain. Chaque semaine, de nouveaux « arrivants » viennent gonfler les rangs des adeptes. Ils sont initiés au culte par leurs frères de couleur. Entre 1806 et 1810, quelque 5,000 nouveaux d’esclaves sont importés en Louisiane par les négriers… et la grande majorité d’entre eux adhèrent au culte.

Pour les populations « blanches », il y a péril en la demeure. Ces pratiques mystérieuses sont perçues comme subversives. Les gens ne se sentent plus en sécurité nulle part à la Nouvelle-Orléans. En 1817, devant l’expansion du culte vaudou, le Conseil municipal décide d’autoriser les danses et les rituels. La loi précise cependant que ces réunions ne pourront se faire que les dimanches, et ce uniquement en un lieu déterminé et baptisé Congo Square, un parc situé au nord du quartier français. Pour les législateurs, la règle est simple : si on ne peut stopper l’expansion du culte, on peut au moins essayer de le contrôler. Par cette mesure, on espère aussi mettre un terme aux réunions clandestines du lac Pontchartrain, sans succès.

Au début des années 1830, de nombreux officiants du culte se disputent le titre de « grand prêtre » ou de « grande prêtresse ». Il y a le Docteur John, le Doctor Yah Yah, Sanité Dédé et Zozo, tous des sorciers et sorcières qui pratiquent à la fois la magie blanche et la magie noire ; ils sont tantôt hougan (bon sorcier), tantôt bokor (mauvais sorcier). Puis il y a Marie Laveau.

Marie Laveau voit le jour en 1794 à la Nouvelle-Orléans. Elle est la fille illégitime d’un certain Charles Laveau et de Marguerite Darcantel. Son père est blanc et sa mère est noire. On ne sait rien de son enfance sauf qu’elle est née libre, affranchie. En 1819, elle épouse Jacques Paris, lui aussi un affranchis et natif de Santo Domingo. Il disparaît peu de temps après le mariage, sans doute reparti pour les îles. Cinq ans après, Paris est officiellement déclaré « mort », même si aucun certificat de décès ne confirme son trépas.

La veuve Paris — comme on l’appelle alors — se trouve un emploi comme coiffeuse. Ce travail lui permet de côtoyer les femmes blanches et créoles de la Nouvelle-Orléans. Elle a de l’entregent et ces « épouses frustrées » se livrent facilement à elle, l’informant des derniers scandales et des rumeurs les plus choquantes. Peu à peu, Marie Laveau devient la gardienne des secrets scabreux de cette bourgeoisie féminine. Ses clientes lui confient tout, jusqu’aux détails les plus intimes de leur vie. Marie sait écouter… elle sait aussi utiliser ces informations à bon escient. Son « omniscience » de la vie mondaine, lui vaut bientôt la réputation d’être une voyante extralucide… et ça lui plaît. Elle offre des consultations et débute un commerce de gris-gris, d’amulettes, de talismans et de philtres d’amour. Les affaires vont rondement et Marie s’impose de plus en plus comme une puissante prêtresse vaudou. On la voit régulièrement aux réunions du lac Pontchartrain. On dit même qu’elle participerait aux danses rituelles en caressant un serpent jeté sur ces épaules.

En 1826, elle se met en ménage avec un certain Louis Christophe Duminy de Glapion, lui aussi un métis venu de Santo Dimingo. Le couple aura 15 enfants.

Après la naissance de son premier rejeton — une fille baptisée Marie —, Marie Laveau (mère) quitte son emploi de coiffeuse pour se consacrer exclusivement à son commerce vaudou. Ses initiatives vont transformer radicalement le visage du culte en Nouvelle-Orléans.

Marie Laveau est une femme intelligente et le sang « blanc » qui coule dans ses veines lui donne une objectivité que ses compatriotes noirs n’ont pas. Elle comprend le besoin des esclaves de se rattacher à leurs racines et, en même temps, cette peur des blancs devant ces rituels magico-religieux pour le moins insolites. Elle sait que pour la majorité d’entre eux, le vaudou se résume à des pratiques de sorcellerie où se mêlent les gris-gris et les zombies, ces inquiétants morts-vivants du folklore. Fervente catholique, Marie va introduire — ou plutôt associer — certaines figures populaires du christianisme à des personnages du culte vaudou. C’est ainsi que le dieu serpent Damballa s’incarne sous les traits de saint Patrick et qu’Erzulie Dantor devient la vierge Marie. Ce syncrétisme rend le vaudou moins « inquiétant » auprès des maîtres blancs

Marie prend aussi en main les rituels secrets du lac Pontchartrain. Le secret est souvent source de méfiance et Marie entend bien lever le voile sur ces pratiques occultes. En échange de quelques dollars, elle invite les journalistes et même la police à assister à ces réunions. Le vaudou perd peu à peu de son aura occulte au profit d’une reconnaissance générale.

Sacrée « grande prêtresse », Marie s’approprie également le contrôle des réunions qui se tiennent tous les dimanches à Congo Square. Presque chaque semaine, elle ouvre « le bal » en exécutant son fameux numéro de danse avec le serpent. Les rituels de Congo Square deviennent une attraction hebdomadaire, voire un spectacle exotique.

Sa réputation grandit de pair avec son influence. Des gens viennent des quatre coins de la Louisiane pour la consulter. On lui attribue tous les pouvoirs. Les politiciens ont recours à ses services — pour lesquels elle est payée grassement — pour s’assurer de l’issue d’une élection ou d’une nomination. Marie Laveau est apparemment l’élue des dieux et mieux vaut ne pas s’en faire un ennemi.

Un événement en particulier va contribuer à sa célébrité. L’affaire se passe en 1837. À l’automne, la police arrête le fils d’un marchant de la Nouvelle-Orléans. Le prévenu est accusé de plusieurs crimes commis en ville et risque une longue peine d’incarcération. Désespéré, le père du jeune homme se rend chez Marie Laveau, l’implorant de lui venir en aide. Il lui promet une petite maison près de Congo Square en échange de la libération de son fils. Le matin du procès, Marie place trois piments dans sa bouche et se rend à la cathédrale St-Louis où elle prie un long moment. Elle gagne ensuite le Cabildo, le centre administratif de la Nouvelle-Orleans où se trouve la salle du tribunal. Elle se glisse dans l’enceinte et, à l’insu de tous, elle dépose ses trois piments sous la chaise du juge avant de prendre place dans l’assistance. Dès son entrée, le juge aperçoit les légumes. Il connaît suffisamment les pratiques vaudous pour savoir qu’il s’agit là d’un bien mauvais présage. Il n’est pas long à reconnaître dans la foule, l’inquiétante Marie Laveau. Il comprend le massage. Après délibérations, il déclare l’accusé non coupable.

Était-ce réellement les « influences magiques » du vaudou ou la juge a-t-il craint que Marie Laveau — la femme qui sait tout — ne révèle à son sujet quelque secret inavouable. Quoi qu’il en soit, le résultat reste le même. Heureux de la tournure des événements, le commerçant offre à la prêtresse une petite maison sise au 1020 rue St-Anne, une maison qu’elle habitera jusqu’à sa mort.

Outre ses activités de « prêtresse », Marie se consacre aussi aux indigents. On la voit rendre visite aux prisonniers incarcérés à la prison du Cabildo. Elle est si connue, qu’elle peut entrer et sortir de la prison sans avoir à présenter quelque autorisation que ce soit. Elle apporte aussi son secours au père Antoine — celui-là même qui a célébré son union avec Jacques Paris — pour venir en aide aux pauvres et aux malades. Jamais durant ces pratiques humanitaires elle n’évoquera ses croyances vaudou, faisant une parfaite dichotomie entre son rôle de prêtresse et celui de la « bonne chrétienne ».

À cette époque, une autre prêtresse s’impose sur l’univers occulte de la Nouvelle-Orléans. Il s’agit de la fille aînée de Marie, elle aussi prénommée Marie. La ressemblance entre la mère et la fille est si surprenante que les exploits de l’une et de l’autre se confondent, quoique tous reconnaissent que les pouvoirs de Marie Laveau fille sont de loin inférieurs à ceux de sa mère. Cette ressemblance stupéfiante fait aussi naître la rumeur que Marie Laveau aurait été vue à deux endroits en même temps (alors qu’il s’agissait de la mère et de la fille) ou encore que Marie Laveau jouirait d’un pouvoir de jouvence.

Marie Laveau mère va continuer d’exercer son rôle de « reine du vaudou » jusqu’en 1869. Le 7 juin de cette année-là, un « conclave vaudou » se tient au temple du lac Pontchartrain. Tous admettent que Marie, âgée de 75 ans, n’est plus en mesure d’assumer son rôle de grande prêtresse. Elle est détrônée au profit de Malvina Latour, une rivale de 30 ans sa cadette.

Pendant quelque temps encore, Marie va son consacrer à ses œuvres caritatives. En 1875, elle entre dans sa petite maison de la rue St-Anne pour ne plus jamais en ressortir. C’est là qu’elle meurt le 16 juin 1881. Elle avait 87 ans, un âge tout à fait honorable pour l’époque.

On ignore avec certitude où le corps de Marie Laveau a été enterré. La tradition situe son tombeau dans le cimetière St-Louis no. 1, à l’angle des rues Bassin et St-Louis. Le caveau anonyme est à présent un important site de pèlerinage. Chaque jour, des gens viennent y déposer des fleurs et des offrandes.

Marie Laveau demeure une icône de la culture populaire de la Nouvelle-Orléans. Les boutiques de magie de la rue Bourbon se réclament toute de la grande prêtresse. On y vend des gris-gris et des amulettes. On peut même s’y procurer des figurines de la célèbre reine du vaudou. Comme Marie Laveau l’avait compris bien avant ces commerçants de pacotilles, le mystère vend bien et, à ce chapitre, le vaudou demeure une « valeur sûre ».

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Reynald
Reynald
J'ai crée ce site en 2006 car j'étais un passionné de paranormal et je voulais partager ma passion avec les gens qui ont la même passion. Cela fait maintenant 14 ans que le site est ouvert et qu'il regroupe a peu pres tout ce qui touche le paranormal. Bonne lecture.
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