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Dossiers Mysteres – Saison 2 Episode 2

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Dossiers Mystère – S02E02 – Meurtre ou décès

Trois-Rivières, 10 novembre 1969.

Lentement, l’agent Georges Marquis s’engage dans le sentier. Les roues de sa voiture s’enlisent un peu dans les ornières boueuses, conséquence des averses des derniers jours. Devant lui, tout au bout du chemin, une Chevrolet verte est stationnée. Le policier est certain qu’il s’agit de la voiture empruntée cinq jours plus tôt par Louis-Georges Dupont, un collègue dont on est sans nouvelle depuis. L’agent Marquis s’arrête à quelques mètres. Pendant de longues secondes, il reste là sans bouger. Il a un mauvais pressentiment… Il jette un coup d’œil à sa montre : il est un peu plus de 10h30. Puis, comme un homme qui doit accomplir une tache ingrate, le constable descend et s’approche de la Chevrolet. À travers la vitre du côté conducteur, il voit le corps d’un homme affaissé sur la banquette avant. Il n’y a ni sang ni marques de violence. On pourrait presque croire que l’homme est endormi. Mais l’agent Marquis sait qu’il n’en est rien. Sans voir ses traits, il sait d’instinct qu’il s’agit du détective Dupont.

– Tabarnak !… laisse-t-il échapper a haute voix.

En quelques enjambés, il regagne sa voiture et, avec sa radio de service, contact le poste 1 de la police de Trois-Rivières. L’affaire Louis-Georges Dupont vient de commencer.

 

En 1969, le service de police de Trois-Rivières fait l’objet d’une enquête par la Commission de police du Québec. Depuis deux ans, la sûreté municipale a maintes fois été critiquée. On reproche à des agents d’ignorer la présence de « commerces illicites » : trafic de drogue, prostitution, maisons de jeux, etc. Pire, on accuse certains constables de tirer profit de ces activités, sinon d’accepter des pots-de-vin pour fermer les yeux. Le rapport de la commission sera publié le 20 décembre 1969, recommandant le revoie de plusieurs policiers ripoux. C’est dans ce contexte que disparaît le sergent-détective Louis-Georges Dupont.

Le 5 novembre 1969, l’agent Dupont, l’un des témoins clés de la Commission de police, se rend à son travail. Depuis quelques jours, il n’est plus le même. Il est anxieux et craint les représailles de ses collègues qu’il a dénoncés devant les juges. Il a même confié à sa femme que certains lui avaient clairement fait savoir que « ses jours étaient comptés »… à moins d’acheter la paix en leur versant d’importantes sommes d’argent. Il craint pour sa vie, celle de sa femme et de ses quatre enfants. Ce matin du 5 novembre donc, il quitte la résidence familiale, conduit sa fille Johanne à l’école et se rend au quartier général de la Sûreté municipale. Il est alors un peu plus de 8h. Sur place, il croise le sergent détective Lawrence Buckley. Il s’informe des affaires courantes et quitte à bord d’une voiture de service banalisée, la voiture no. 190. On ne le reverra plus par la suite. Le soir même, son épouse signale sa disparition. Au poste, personne ne l’a vu… et personne ne s’inquiète de l’absence d’une auto de service.

Dans les jours qui suivent, Jeanne-D’arc Dupont, l’épouse du disparu, remarque la présence de « grosses voitures noires » stationnées devant la maison. Elle a le sentiment que son domicile est sous surveillance. Pendant ce temps on est toujours sans nouvelle de son mari. Chez les policiers, une rumeur circule à vitesse grand « V » : le sergent Dupont aurait été vu le matin de sa disparition en compagnie d’une jeune femme de mœurs légères. On raconte même qu’il aurait pris la direction de Montréal.

Cinq jours plus tard, le constable Georges Marquis, qui circule sur le boulevard St-Jean, à la sortie de Trois-Rivières, distingue une voiture immobilisée tout au bout d’un petit sentier, à quelque 150 mètres de la rue. Il s’agit bien du véhicule emprunté par le sergent Dupont. À l’intérieur gît le corps sans vie de ce dernier. Aussitôt la macabre découverte consommée, l’agent Marquis demande informe le capitaine détective Georges Gagnon et le directeur adjoint Roland Poitras. Bientôt tout le petit boisé du boulevard St-Jean grouille de policiers. L’enquête est confiée au lieutenant-détective Jean-Marie Hubert. Pour plusieurs cette « affectation » a de quoi étonner. Le détective Hubert est l’un des principaux policiers visés par la Commission de police. Qui plus est, il est l’un de ces agents véreux dont les « magouilles » ont été dénoncées par le sergent Dupont.

Dans un premier temps, un photographe de la police prend de nombreux clichés de la scène. Ensuite, le corps de Louis-Georges Dupont est amené à la morgue de Trois-Rivières, puis transféré à l’institut médico-légal de Montréal pour autopsie. Les policiers procèdent enfin à une fouille minutieuse de la voiture de service. Sur le plancher, l’agent Gagnon trouve l’arme de Dupont, un Colt de calibre .38 à canon court, et, sous le pare-soleil, une note portant l’annotation « Pour ma femme ». Les termes de celle-ci sont simples, mais explicites :

Jeanne d’Arc,

Tu verras l’avocat Yvan Godin + notaire Gilles Garceau avec tous les papiers. Je vous aimais tous beaucoup. Je vous demande pardon.

Louis-Geoges

Pour les détectives, tout porte à croire que l’agent Dupont a mis fin à ses jours avec son revolver de service.

Plusieurs policiers sur les lieux et la scène de crime n`est pas protégée.
Plusieurs policiers sur les lieux et la scène de crime n`est pas protégée.

L’arme est confiée au sergent détective Clément Massicotte et ses effets personnels — incluant la lettre — sont placés dans une enveloppe à l’intention de sa veuve. En début d’après-midi, la voiture de service est ramenée au quartier général de la police où, plus tard en soirée, les agents Gagnon et Massicotte trouvent le projectile meurtrier. Celui-ci a apparemment traversé la poitrine de la victime avant d’aller se loger dans le dossier de la banquette, à la hauteur du volant.

Le corps de Louis-George Dupont est autopsié le même jour. Pour le Dr Jean Hould, la cause est entendue : l’agent Dupont s’est suicidé avec son arme de service. La balle a pénétré par la poitrine, a traversé le cœur pour ressortir par le dos.

Pendant ce temps, le Colt .38 est remise à un spécialiste de l’identité judiciaire. L’expert s’étonne de n’y trouver aucune empreinte digitale. Quant à la balle meurtrière — retrouvée dans la banquette de la voiture —, celle-ci est trop « avariée » (pour reprendre l’expression des experts) pour pouvoir être reliée formellement à l’arme de l’agent Dupont.

Le sergent Dupont est mis en terre le 13 novembre 1969.

Pour la famille, il ne fait aucun doute que la mort de Louis-Georges est un meurtre maquillé en suicide. Mais comment le prouver ? Pendant des années, ses deux fils, Jacques et Robert, vont recueillir tous les éléments du dossier… du moins ceux que l’on veut bien leur remettre. Plus d’une fois, ils sont confrontés à la « politique du silence ». On leur conseille « d’abandonner », que ces documents ne sont pas disponibles ou simplement qu’ils ont été détruits. Mais lentement, ils arrivent à monter un dossier éloquent qui remet en question le travail des enquêteurs de l’époque. Les photographies prises sur les lieux du soi-disant suicide de leur père soulèvent à elles seules un lot de questions restées sans réponses :

• Si la balle meurtrière a été retrouvée dans le dossier du siège avant, comment expliquer que les photographies ne montrent aucun trou dans ledit dossier ?

• Comment expliquer l’absence de sang sur la banquette ?

• Comment expliquer également la présence d’empreintes de pneus « fraîches » devant la voiture, et ce malgré la pluie abondante tombée sur Trois-Rivières entre le 5 et le 10 novembre 1969 ?

 

Photo montrant des traces de pneux fraîches, alors qu`il a plu pendant les 5 jours de recherche.
Photo montrant des traces de pneux fraîches, alors qu`il a plu pendant les 5 jours de recherche.

Que dire également de l’absence d’empreintes digitales sur l’arme du policer ? Que penser aussi des nombreuses incongruités du rapport d’autopsie : le légiste y parle d’une trajectoire d’en avant en arrière alors que les photos prises à l’autopsie suggèrent plutôt une trajectoire inverse : la balle meurtrière serait entrée par le dos pour ressortir près du cœur. À ce chapitre, les frères Dupont font remarquer que gens qui se suicide en se tirant une balle dans le dos sont plutôt rares…

Au fil des ans, les réflexions des frères Dupont soulèvent des interrogations légitimes, même en haut lieu. Le 20 décembre 1995, le juge Ivan St-Julien, de la Cour supérieure du Québec, se dit convaincu que la mort du policier n’est pas un suicide et demande une commission d’enquête. Quatre mois plus tard, le gouvernement provincial nomme la juge (Cour du Québec) Céline Lacerte-Lamontagne pour présider ladite commission. Dans la foulée, le corps de l’agent Dupont est exhumé du cimetière Saint-Michel de Trois-Rivières pour faire l’objet d’une autopsie supplémentaire. Le 28 novembre 1996, après réévaluation des pièces au dossier, la commissaire Lacerte-Lamontagne conclut que les preuves ne permettent pas de renverser les conclusions initiales du suicide. Les frères Dupont, qui misaient sur cette commission pour obtenir justice au nom de leur père, sont effondrés. Mais le combat ne s’arrête pas là. Depuis 1996, les techniques médico-légales ont progressé à pas de géants. Ce qui était impossible au milieu des années 1990 ne l’est plus aujourd’hui. En avril 2010, le dossier de l’affaire Dupont est transmis au sous-ministre de la Sécurité publique, Martin Prud’homme, et à l’inspecteur (Sûreté du Québec) Roberto Bergeron. Ceux-ci promettent de réévaluer le dossier de A à Z.

À l’été 2011, à l’issue de son enquête, la Sûreté du Québec annonce ne pas partager les vues des frères Dupont. Comme ses prédécesseurs, elle conclut au suicide du policier. Les experts de la SQ, qui ont réexaminé 89 éléments au dossier, ajoutent que le scénario proposé par les frères Dupont ne repose que sur des spéculations… spéculations jugées d’ailleurs hautement improbables. Mais improbables n’est pas impossible.

Après plus de 40 ans, la question demeure : l’agent Dupont s’est-il suicidé ou a-t-il été assassiné parce qu’il en savait trop ?

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Reynald
Reynald
J'ai crée ce site en 2006 car j'étais un passionné de paranormal et je voulais partager ma passion avec les gens qui ont la même passion. Cela fait maintenant 14 ans que le site est ouvert et qu'il regroupe a peu pres tout ce qui touche le paranormal. Bonne lecture.
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