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Il a le physique d’un chanteur de rock et le nom qui va avec. Rob, avec un “b”, Stewart, un Canadien de 28 ans, n’est pourtant pas un homme de scène. C’est un amoureux des profondeurs. Il a passé la moitié de sa vie sous l’eau, au contact des requins, thème de son premier long métrage, Les Seigneurs de la mer (Sharkwater).

L’océan et ses prédateurs l’obsèdent depuis toujours. Cela commence, modestement, par l’aquarium de ses parents, deux éditeurs de presse, qu’il passe son temps à peupler. Le jeune Rob garde cependant moins de souvenirs de son enfance à Toronto, au Canada, que de ses vacances familiales aux Caraïbes. A 9 ans, il croise son premier requin, près des îles Caïmans. Des années plus tard, sa surprise reste quasi intacte : “Au lieu de me mordre, il s’est enfui.” Il ne pense plus qu’à cela. A 13 ans, il commence à plonger, à 18 ans, il devient moniteur de plongée, puis suit des études de biologie marine et de zoologie, avant de se mettre à la photo sous-marine. “Mon seul objectif était de mieux connaître les requins.”

Les plongeurs le confirment à l’unanimité : le requin, c’est le rendez-vous le plus improbable et le plus excitant. Quand on aperçoit la silhouette de “ces derniers dinosaures, on sent son coeur battre jusqu’au bout des doigts”, décrit Rob. Il assure que “toutes les personnes qui ont peur des requins n‘en ont jamais rencontré”. Le plus souvent, il se débarrasse de ses bouteilles “parce que les requins n’aiment pas les bulles” et évolue en apnée au milieu de ceux qu’il aime comme ses frères. “Il suffit de les avoir nourris pour qu’ils se laissent approcher, explique-t-il. La seule précaution à prendre est de joindre ses mains pour éviter qu’ils ne les prennent pour des poissons.”

Naturellement, il se met à vouloir les protéger, conscient que l’image de mangeurs d’hommes des requins dessert la cause. “Les requins ne sont responsables que de cinq décès chaque année, moins que les tigres et les éléphants”, s’insurge-t-il. Un sentiment d’injustice qui le pousse à partir aux Galapagos, plus précisément aux îles Cocos, l’un des rares sites où ses chouchous, les requins-marteaux, vivent en groupe. Il pensait les voir évoluer en toute liberté. “En fait, j’ai passé mon temps à les dégager des lignes de pêche”, raconte-t-il.

Sans lui, les spécimens découverts auraient été amputés de leurs ailerons puis remis à l’eau, condamnés à une lente agonie. C’est le shark finning, une exploitation destinée au marché asiatique pour composer un mets unique, symbole de richesse : la soupe aux ailerons. Après avoir tenté, en vain, de sensibiliser le public pour empêcher cette pêche illégale, Rob Stewart se saisit d’une caméra “pour faire savoir au monde que les requins, maillon indispensable de l’écosystème, sont en train de disparaître. Ce film est devenu la chose la plus importante de ma vie”. Nicole Aussenat représente Shark Alliance en France, une association qui regroupe quarante ONG et milite pour une meilleure réglementation de la pêche.

A ses yeux, ce film est une chance inespérée pour provoquer une prise de conscience. Elle l’a vu quatre fois. Seul bémol : elle regrette ses aspects “un peu éco-terroristes”. Quant à Bernard Séret, requinologue au Muséum d’histoire naturelle, il voit en Stewart “un homme sincère qui se bat pour une cause à laquelle il croit”. Du coup, le scientifique lui pardonne les quelques erreurs et “raccourcis scientifiques” de son film.

Même lorsqu’il rejoint l’équipe du Sea Sheperd, une association écologiste très offensive, Rob Stewart reste un contemplatif. Calme et silencieux, quand tout dégénère, il cache ses émotions derrière le viseur de sa caméra. Il parle peu et regarde, ne vivant que pour la cause qu’il défend. A l’image du personnage de Jacques Maillol, incarné par Jean-Marc Barr dans Le Grand Bleu, qui rêve de dauphins, Rob est ailleurs, l’esprit accaparé par les squales.

La réalité est souvent plus brutale. Dans les eaux du Costa Rica, Stewart et l’équipe de Sea Sheperd, justiciers naïfs, pensaient avoir bien fait les choses en empêchant des braconniers de s’adonner au shark finning. De retour au port, ils sont accusés de tentative de meurtre par les pêcheurs et prennent conscience de l’ampleur du trafic. Des milliers d’ailerons sèchent sur les toits des hangars – qui seraient contrôlés par la mafia taïwanaise. L’équipage, poursuivi par les braconniers et la justice costaricaine, choisit la fuite. Après avoir pris la précaution d’entourer leur bateau de fil barbelé, pour empêcher les garde-côtes de monter à bord, moteurs à plein régime, ils parviennent in extremis à quitter les eaux territoriales.

Là encore, sa voix reste posée. Il ne montre pas sa peur, garde son sang-froid même quand, ultime épreuve, une mauvaise plaie au pied lui fera frôler l’amputation. Hospitalisé aux Galapagos, il retire sa perfusion pour retourner dans l’eau. “J’ai failli mourir plusieurs fois, mais jamais à cause d’un requin”, ironise-t-il. Il reconnaît quand même : “J’ai failli jeter l’éponge. Je ne pouvais plus retourner au Costa Rica, j’étais en train de perdre une jambe.” “Le pire” pour lui est qu’il n’avait quasiment pas d’images sous-marines. Obstiné, têtu, voire obsédé, il finira son documentaire, avec ses deux jambes, en retournant plonger.

Rob Stewart s’oublie pour les poissons, donnant parfois l’impression de mépriser les humains. Si le shark finning est indéniablement un mode de pêche très cruel, il est souvent l’activité d’hommes qui n’ont rien d’autre pour vivre. Une seule courte séquence du film l’évoque. On y voit le réalisateur interviewer deux pêcheurs, aux îles Cocos : l’un deux est en train de faire un accident de décompression, après un nombre excessif de plongées. Son coéquipier hésitera à l’emmener “faire du caisson” (seule façon d’éviter un accident parfois mortel), pour ne pas perdre son gagne-pain.

Cinq ans après le début du tournage, le réalisateur peut être content du résultat : le film a déjà été récompensé de nombreuses fois dans des festivals internationaux et les gouvernements comme les associations sont sensibles à sa lutte. “Les choses ont beaucoup avancé, se réjouit-il. Au Costa Rica, le gouvernement a durci sa politique contre le shark finning et les associations de défense des animaux s’intéressent de plus en plus au sort des squales.”

Le métier de Cousteau a changé : filmer les poissons est devenu un acte militant. Le monde du silence est en danger et Rob Stewart veut être sa voix. Mais entre deux avions, des dizaines de projections et d’interventions sur le sujet, il ne rêve que de plongées à l’île de Sipadan, en Malaisie, tant que les fonds marins ressemblent encore à ceux que filmait le commandant de la Calypso.

[flash http://www.dailymotion.com/swf/x4j9hr&v3=1&related=1]

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Reynald
Reynald
J'ai crée ce site en 2006 car j'étais un passionné de paranormal et je voulais partager ma passion avec les gens qui ont la même passion. Cela fait maintenant 14 ans que le site est ouvert et qu'il regroupe a peu pres tout ce qui touche le paranormal. Bonne lecture.
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